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Japon - Flamanville ; Jacques Foos ; réponses à la presse
lundi 21 mars 2011


Depuis quelques jours, les médias se sont fait écho d’une déclaration que j’ai écrite dans un courrier électronique envoyé au secrétariat de la CLI de Flamanville. Ci-dessous, voici l’historique et mes réponses aux journalistes.

Vous vous doutez bien que « le monde du nucléaire » vit aujourd’hui un véritable séisme. Tous ceux, ingénieurs et techniciens qui ont vécu avec la profession de foi du principe des « 3 barrières de confinement », tous ceux qui, comme moi, l’ont enseigné avec beaucoup de conviction pendant 40 ans sont évidemment ébranlés.

Ainsi, alors que j’avais posé (en privé) la question à un responsable EDF de l’EPR, pour savoir si une vague de 9 mètres aurait noyé les diesels à Flamanville, la réponse a été : « oui ». Il faut savoir qu’à Fukushima, à l’instant du tremblement de terre, les barres de commande des réacteurs en activité sont tombées comme c’est prévu pour arrêter ceux-ci. Dans le même instant, les diesels de secours se sont mis en route automatiquement pour alimenter en électricité, assurer le refroidissement et éliminer ainsi la puissance résiduelle. Sauf que, 55 minutes après, le tsunami est arrivé et les diesels se sont arrêtés. En revanche, la centrale d’Onagawa, pourtant beaucoup plus proche de l’épicentre du séisme que ne l’est Fukushima mais située légèrement plus en hauteur, n’a pas connu les mêmes « désordres ».

La réponse concernant Flamanville m’avait interpellé et je pensais que le mieux était de mettre ces diesels sur la falaise qui surplombe les réacteurs. Puisque falaise il y a, autant l’utiliser. J’ai donc demandé au secrétariat de la CLI de prévoir une assemblée Générale extraordinaire de la CLI pour évoquer cela.

Le lendemain, je reçois un message indiquant qu’un député venait de déclarer dans les couloirs de l’Assemblée – je cite le communiqué : « un réacteur de troisième génération EPR, implanté au Japon, n’aurait eu aucun risque sur son réacteur. Ce que nous sommes en train de faire sur les réacteurs de nouvelle génération, les EPR, font qu’un EPR qui aurait été implanté au même endroit que la centrale de Fukushima au Japon n’aurait eu aucun risque sur son réacteur nucléaire car il y a une double coque, a-t-il expliqué. »

Vous comprenez bien que j’ai attrapé un coup de sang et envoyé le message électronique suivant au secrétariat de la CLI-Flamanville (Commission locale d’Information près la Centrale de Flamanville)

« oui, eh bien moi, un responsable d’EDF de Montrouge m’a dit lundi soir que les diesels auraient été noyés pareil à Flamanville donc, même accident !! Par ailleurs, dans les REP classiques comme les 2 autres de FLA, il y a des turbopompes, des chaudières à gaz qui permettent de s’affranchir en partie de l’électricité. Dans l’EPR, qui est un projet conjoint Allemands-Français, les Allemands ont exigé que l’EPR soit "tout électrique". Puis, quelque temps après, ils se sont retirés du projet !!! Donc, pas d’électricité, pas de salut. Il faut mettre les diesels sur la falaise, et pour les 3 réacteurs !! Vous avez mon aval pour diffuser cela à qui vous voulez. Y en a assez de ces déclarations irresponsables des politiques ! Il faudra que l’on ait des réponses claires lors de notre prochaine AG. Bonne journée »

On ressent bien que le ton employé montrait mon éxaspération ! Ce message a été envoyé aux membres de la CLI puis transféré par l’un de ces membres à l’AFP qui en a sorti la dépêche suivante après s’en être entretenu avec moi :

Flamanville : un scientifique évoque un scénario identique à Fukushima SAINT-LO, 17 mars 2011 (AFP) –

L’expert scientifique Jacques Foos redoute, dans un courriel d’alerte au conseil général de la Manche, que le futur EPR de Flamanville s’expose à une défaillance similaire à celle de la centrale japonaise de Fukushima en cas de tsunami, a-t-on appris jeudi. Ce professeur honoraire au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), membre de la commission locale d’information (CLI) de Flamanville, recommande d’installer sur une falaise plus élevée, qui surplombe la centrale en bord de mer, les moteurs diesel destinés à assurer le refroidissement des réacteurs. "Un responsable d’EDF de Montrouge (où se trouvent les concepteurs de l’EPR, ndlr) m’a dit lundi soir que les diesels auraient été noyés pareil à Flamanville donc, même accident", a-t-il écrit dans ce mail, dont la teneur a été confirmée jeudi à l’AFP par le conseil général.

M. Foos prône cette mesure également pour les deux réacteurs non EPR déjà en fonction à Flamanville. Le scientifique, qui a dit à l’AFP être confiant dans l’avenir de l’EPR, signale toutefois dans son mail que ces centrales anciennes générations, contrairement à l’EPR, disposent de chaudières à gaz qui permettent de "s’affranchir de l’électricité". Contacté par l’AFP, il a précisé avoir "demandé si les diesels seraient noyés avec une vague de 9 mètres. On m’a répondu oui. Si c’est vrai, c’est grave". Interrogée en début de semaine par un correspondant de l’AFP, une porte-parole de la centrale a indiqué que la centrale se trouvait à 12 mètres au-dessus du niveau de la mer. La centrale de Fukushima est menacée par la mise hors service de ses systèmes de refroidissement, après le tsunami. Mercredi, le député UMP du Nord et secrétaire général adjoint de l’UMP Marc-Philippe Daubresse avait estimé qu’un EPR à Fukushima n’aurait couru "aucun risque" car "il a une double coque". "Il ne faut pas dire n’importe quoi", a commenté M. Foos. FRANCE-ENERGIE-NUCLÉAIRE-SÉISME-JAPON - 17/03/2011 17h16 GMT – AFP

Il faut remarquer que, si les diesels sont à 12 mètres, effectivement, une telle masse d’eau véhiculée par un tsunami, même si elle ne fait « que 9 mètres de haut », arrivant avec force sur la paroi verticale de la falaise située juste derrière les réacteurs, noiera lors de son reflux, des éléments situés à 12 mètres de hauteur. Ma question évoquait 9 mètres mais, aujourd’hui, certains estiment la hauteur à beaucoup plus que cela. EDF a indiqué que « la situation des diesels à une douzaine de mètres correspondait à 6,4 mètres au-dessus de la crue la plus forte depuis 1 000 ans majorée de 15% ( Presse de la Manche du 18 mars) » soit 7,4 mètres de hauteur de vague. Ceci signifie bien qu’une vague de 9 mètres aurait submergé les diesels. C’est une affaire à suivre.

18 heures après cette première dépêche, le lendemain, l’Autorité de sûreté nucléaire diffusait le communiqué suivant :

Objet : Fukushima : la plupart des réacteurs seraient en difficulté dans les mêmes conditions (ASN)

PARIS, 18 mars 2011 (AFP) –

La plupart des réacteurs nucléaires au monde seraient "en grande difficulté" s’ils avaient été confrontés aux même catastrophes naturelles qu’a subies la centrale japonaise de Fukushima la semaine dernière, a estimé vendredi un expert de l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN).

"Très franchement, beaucoup de spécialistes, sinon tous, ont été très surpris de voir qu’on pouvait perdre en même temps l’électricité et la source froide (système de refroidissement, ndlr), c’est un cataclysmique", a déclaré Philippe Jamet, commissaire de l’ASN, lors d’un point de presse sur la situation au Japon. "Quasiment tous les réacteurs au monde, dans cette situation-là, seraient en grande difficulté", a ajouté M. Jamet. Le Nord-Est du Japon a été touché vendredi dernier par un séisme de magnitude 9, le plus puissant jamais enregistré dans le pays, suivi rapidement par un tsunami qui a dévasté les côtes. Un double phénomène qui a entraîné des incidents en série dans différents réacteurs de la centrale de Fukushima, privés d’alimentation électrique et de refroidissement. L’Agence de sûreté nucléaire japonaise a relevé vendredi de 4 à 5 le niveau de l’accident nucléaire de Fukushima sur l’échelle des événements nucléaires et radiologiques (INES), qui va jusqu’à 7. L’Autorité française de sûreté nucléaire estime pour sa part que l’accident de Fukushima correspond au niveau 6. "Le niveau 4 n’était pas raisonnable. Je ne dirais pas forcément que le niveau 5 est raisonnable, mais ce n’est pas la priorité du moment", a répondu Philippe Jamet à une question sur cette réévaluation de la gravité de l’accident par ses homologues japonais.

JAPON-ÉNERGIE-NUCLÉAIRE - 18/03/2011 11h25 GMT - AFP—

Ma remarque sur une éventuelle difficulté de maintenir le refroidissement du réacteur en cas d’une vague de l’importance de celle du Japon n’était donc pas si dénuée de fondement que cela ! Cette dépêche, émanant des spécialistes de l’Autorité de Sûreté Nucléaire française contredisait diverses déclarations qui avait été faites après mon courrier et la dépêche de l’AFP qui a suivi.

Ceci dit, mon courrier électronique a suscité quelque émoi (c’est un euphémisme !) auprès des Presses écrite, parlée et télévisée. Voici ci-dessous, pour information, les réponses que j’ai faites aux journalistes qui m’ont interrogé. Je n’ai pas évoqué à chaque fois l’ensemble des points mais tout ceci a fait partie de mes réponses. Bien sûr tout n’a pas été repris par les journalistes mais ceci n’étonnera personne. Je n’ai pas besoin d’ajouter que ces réponses ne reflètent, bien évidemment, que mon opinion personnelle.

1 - Je ne pense pas que la planète ait les moyens de s’affranchir d’une source d’énergie, quelle qu’elle soit, dans l’avenir. Tous les scénarios montrent que nous allons manquer d’énergie à l’horizon 2050, même si on développe au maximum le renouvelable, si l’on conserve malgré tout, parce que contraint, une part non négligeable de combustibles fossiles et en faisant des efforts drastiques pour économiser l’énergie. Si l’Europe sortait du nucléaire, de toutes les façons, beaucoup d’autres pays installeront des réacteurs ; certains comme la Chine ont d’ailleurs déjà pris position. Il n’est même pas impossible que le Japon, qui va perdre 4 réacteurs et qui ne dispose pas de sources énergétiques et a une surface limitée ne les remplace par de nouveaux réacteurs de IIIe génération. Le nucléaire vit un séisme, la planète est contrainte de lui éviter un tsunami. Dans ce contexte, la France se doit de continuer de jouer un rôle prépondérant, aussi bien sur un plan industriel qu’en sûreté : à l’occasion de ces tragiques évènements japonais, son expertise en matière de sûreté nucléaire a été reconnue et saluée par tous les pays.

2 - Dans cette dynamique, non seulement je reste plus que confiant dans l’EPR mais je pense même que ces évènements vont « booster » son développement et sa commercialisation. Tous ceux qui jusque là le trouvaient « trop cher car trop sûr » vont changer d’avis. On ne peut plus dire qu’un réacteur est « trop sûr » ! Dans la mesure où ces réacteurs seront essentiellement installés au bord de mer, raison de plus pour s’assurer de leur complète intégrité en cas de catastrophes naturelles. Il convient de répondre aux scénarios du pire ; ce n’est pas impossible

3 - Pour prévenir ces conditions naturelles exceptionnelles mais dont on ne peut plus dire aujourd’hui qu’elles ne se produiront jamais (je pense qu’on a été assez échaudé comme cela depuis TMI), quand on a la chance d’avoir une falaise à proximité de la centrale, le plus simple est bien sûr d’installer les diesels en haut, à l’abri d’une vague, quelle que soit sa hauteur. On a la même situation géographique à Paluel et à Penly et je suggère bien évidemment que l’on y fasse la même chose. Ceci permettra de mettre à l’abri de telles conditions le fonctionnement du futur l’EPR de Penly dont le pays a besoin.

4 - Aux journalistes qui me disaient que cela allait coûter bien cher, ma réponse était évidente : on n’a plus les moyens aujourd’hui de s’affranchir de -peut-être- cet excès de sûreté et de toute façon, avant que le coût du kWh rejoigne celui du kWh éolien, il y a de la marge. Et je ne parle pas du photovoltaïque !

5 - Il est évidemment trop tôt pour faire un bilan sanitaire et environnemental de ces catastrophes nucléaires. On peut penser que, si les Japonais arrivent à stabiliser la situation, tous les espoirs sont permis. D’ores et déjà, il n’en va pas de même pour l’impact, dans la région, des effets du tsunami. Nous avons tous vu les dégâts épouvantables. Un barrage a cédé, les bateaux, trains avions, automobiles ont été balayés comme des fétus de paille, nous avons vu des raffineries en feu, des canalisations de gaz éventrées et ayant provoqué d’énormes incendies dans les villes. Je m’étonne d’ailleurs que les écologistes n’aient pas immédiatement demandé que l’on vide instantanément tous les barrages de la planète, que l’on stoppe tout transport aérien, maritime, fluvial, routier et ferroviaire, que toute exploitation d’hydrocarbures liquides et gazeux soit gelée. De même, à partir du moment où les Japonais donnaient le sentiment qu’ils allaient maîtriser la situation sur le plan nucléaire, les journalistes se sont en grande partie désintéressés de ce pays qui continue pourtant à rechercher ces morts et commence à panser ses plaies, ceci avec un courage et une dignité qui forcent notre admiration.

6 - Je suis consterné de voir certains dirigeants politiques européens prendre des décisions à chaud sans se donner le temps de la réflexion. Dire que l’on arrête le tiers de sa puissance énergétique nucléaire du jour au lendemain sans dire par quoi on la remplace me semble être un comportement irresponsable et donc indigne d’un dirigeant. Même chose quand on stoppe les projets. Bien sûr, on ne risque rien en prenant de telles décisions en Europe car le réseau électrique européen permet malgré tout d’avoir de l’électricité grâce aux autres ! Ce n’est quand même pas très sérieux ! Je préfère de loin la position de notre Premier Ministre (reprise ensuite par l’Europe) d’envisager un audit de nos centrales. Je fais une entière confiance à l’Autorité de Sûreté Nucléaire de notre pays qui a montré qu’elle travaillait avec compétence, rigueur et en toute indépendance pour mener à bien cet audit.

7 - La CLI de Flamanville montre ici qu’elle joue à plein son rôle d’instance de concertation, d’information et de surveillance en toute objectivité et indépendance. Nul doute que nous serons à côté de l’ASN au cours de ces audits.

Pour terminer, je m’associe au message du président des 3 CLI du Cotentin dont je me permets de vous communiquer les dernières phrases :

« Face aux débats sur l’avenir du nucléaire, il y a un temps pour tout. Aujourd’hui, c’est le temps de l’action et du soutien aux habitants et salariés du Japon.

Les membres des 3 CLI de la Manche assurent un soutien sans faille et appuyé à la population japonaise victime du séisme, du tsunami et de la catastrophe nucléaire qui en découle ».

Une Assemblée Générale des 3 CLI du Cotentin aura lieu début avril

Cordialement

Jacques FOOS

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